L’Insoumise

Dans les côtes. On m’a mis un coup de coude dans les côtes. Pour me réveiller.

Pour vérifier mes réflexes.

Ou pour atteindre mon coeur. Car oui, c’est à gauche qu’on a tapé. Pourtant mon coeur est au milieu, et il bat pour l’ensemble de mon corps.

Jusqu’à mes coudes, parlons-en.

Mes coudes se déplient pour m’étirer de mon sommeil endolori.

Mes coudes se replient contre mon coeur quand j’ai le ventre meurtri.

La prochaine fois, au lieu d’un coup de coude, enjambe-moi.

Enjambe ce cadavre sans-coeur qui n’espère pas ton coup de main.

L’enjambement en poésie est plus intéressant que l’huile de coude qu’il te faut pour la sortir. Ta poésie, ta fabrication intellectuelle. Qui manque d’articulations, parce qu’à défaut de genoux, c’est le coude qui manquait. Quand tu plies sous le poids, quand tu ploies sous les plis de tes rides au coin des yeux, que tu plisses.

Les coudes bien huilés que t’espéraient pour te relever, d’abord le menton du bitume.

Relève-toi, qu’on te dit, les côtes dans les bras, les coudes saillants.

Quelques maux sous le coude, quand tu les joues pour aller plus loin. Au fond de ton crâne ça triture les failles et tes os qui craquellent, des fissures, des mots sur les murs des indignés.

Que fais-tu ce soir ? Je lève mon verre aux insoumis du coude, qui brandissent leurs doigts et leurs poings pour mettre un point final à la logorrhée des genoux fléchis.

Réfléchis bien à ton mouvement qui se déploie. C’est ta phrase qui s’envole, et qui n’est qu’à quelques coudées de toi.

*

Mademoiselle Louve politise dans sa tête…

Plonger dans le miroir de l’autre #6

Le travail d’écriture est solitaire. Soit. Mais sans lecteur, il est quasi-vain. Quasi moduler sur sa propre respiration. Et c’est fort dommage pour le lecteur avide de plongée. Alors, comme les phrases, on ponctue le travail. On reprend son souffle et on passe la barre aux camarades.

Les corrections entre collègues sont les instants de fausse humilité et de réelle mise en danger. On tend le poignard pour trancher les liens qui nous étouffent autour du mât. On s’attend à certaines coupures, et on espère que l’autre ne prendra pas trop son temps quand il attaquera la peau par mégarde.

Le premier pas dans l’eau est souvent le plus facile, le plus serein. Celui de la grammaire, de l’orthographe. Ensuite, on trempe les deux pieds, la syntaxe, les expressions et tournures de phrases. Pour d’autres c’est la dernière étape après la lecture, pour beaucoup, c’est le moyen le plus policé d’entrer dans le vif de votre chair.

Pourtant il y a la douceur et la compassion de se reconnaître dans les ébauches, de se rappeler les à coups du clavier, l’apnée d’une envolée lyrique. On peut détester le texte d’un autre mais en aimer ce qu’on le perçoit de sueur et d’effort. On peut aimer un texte au point de ne plus en voir les défauts, sinon comme des éclats qui en teinte de plus d’originalité.

Cette phase est nécessaire, la confrontation de deux miroirs qui tentent de se réfléchir au mieux. On griffonne, on rit, on grimace.

Entre nous, les apprentis de la plume tortueuse, on se masse les coudes et on se relaie. Parce qu’on est dans ce même bateau qui tantôt chavire, tantôt nous rend malade. Et qu’il faut pouvoir compter sur chacun de nos bras dans les cales sèches d’encre épuisée.

*

Mademoiselle Louve aime lire et corriger.