La Vie Brève

 Italie. XVIIe siècle.

Encore aujourd’hui, quand on regarde la toile L’Arracheur de dent de Caravage, personne ne fait attention au jeune homme situé là, tout à gauche. Cet homme s’appelait Guillermo, Guillermo Pitto. Lui qui avait fui la peinture, il finira enfermé dans un clair-obscur qui aura illustré sa vie.

En 1581, il naquit au milieu des odeurs et des tâches de peintures de l’atelier paternel. Tandis que sa mère criait pour le faire sortir de ses entrailles, le peintre qu’il était ne trouva rien de mieux que de partir livrer une toile à Rome. Guillermo perdu sa mère, victime de cette ignorance, quelques années plus tard. Il ne connut que le dos, ou le visage en contre jour de ce dernier, malgré cela il devint très vite le « fils du peintre Pitto » du village de Trivoli. Fils unique traumatisé entre l’omniprésence des couleurs, l’exigence du peintre et l’absence de son père, de vie familiale. Il passa une enfance très solitaire. Cette solitude se caractérisa très vite par des débordements et de l’agitation. Dix années après maints allers-retours entre Trivoli et Rome tachés des pigments de son père, le jeune garçon décida se s’enfuir trop étouffé par les vapeurs picturales sévères de l’atelier. C’est sur les pavés de Rome que le garçon s’évanouit, mort de faim, quelques semaines plus tard. Et c’est dans une chambre délabré qu’il ouvrit les yeux, quelques heures plus tard. Il avait été ramassé par un homme d’une quarantaine d’années. Recueilli, lavé et soigné, Guillermo mangea à sa faim. C’est dans cette demeure qu’il fit une rencontre qui lui changea la vie. Des mois plus tard, un jeune peintre trouva refuge chez cet homme. Le peintre était arrivé avec le visage couvert d’hématomes, la lèvre en sang et avec l’odeur de l’alcool qui planait autour de lui. Le premier contact qu’il y eut entre Guillermo et lui fut un coup de poing dans la mâchoire de l’enfant. Guillermo fit donc la connaissance de Caravage dans des circonstances peu propices à une amitié profonde. Pourtant, le peintre violent le pris sous son aile, et l’emmenait partout. Le jeune adolescent grandit près de lui dans un rôle qu’il avait rejeté avec son père. Il accompagnait le peintre à ses cours. Il portait les marques du chevalet sur son épaule droite qui au fur et à mesure des mois devint de moins en moins lourd. Guillermo intégra l’univers sombre avec un certain plaisir. Il pris de nombreuses initiatives pour aider Caravage à provoquer, à changer l’art. Après de longues soirées de débauches, l’adolescent ramassait les corps des ivrognes, parfois morts et les présentait comme modèle pour les peintures les plus glauques de son maître. Guillermo avait trouvé en Caravage, la revanche qu’il voulait avoir sur son père. Il vivait dans le monde de la peinture mais cherchait la provocation, il souhaitait détruire ce monde de l’intérieur comme ce monde avait détruit son enfance. Les bagarres devinrent le quotidien nocturne de ses deux étranges acolytes et le jeune garçon accepta même de poser en tant que modèle, mais tout pris fin à la mort du peintre en 1610. Guillermo avait à peine atteint la vingtaine qu’il se retrouvait de nouveau seul. Les pavés de Rome retrouvèrent leur attrait familier pendant quelques mois puis il décida de retourner à Trivoli, revoir son père et le village. Arrivé à la demeure familiale, l’accueil fut quelque peu glacial, la neige était tombé depuis des semaines et la peinture ne rapportait plus grand chose. C’est en vieil homme que le père Pitto servit le repas bien maigre à son fils retrouvé. Le terrain que la famille Pitto occupait semblait assez important pour lancer un semblant d’agriculture, le fils prit donc la décision d’investir les ressources naturelles et se mit aux champs. Le dernier repas de son père mourant fut un potage avec les légumes de sa propre terre. En 1619, les légumes et fruits Pitto du marché de Trivoli rencontrèrent Milena, et Guillermo en tomba amoureux. La vie se faisant, et le quotidien de l’homme étant davantage stable, ils se marièrent. Modeste et intime, la noce ne fit pas grand bruit et le bonheur dans sa simplicité semblait guetter la nouvelle famille Pitto. Mais le passé bruyant de Guillermo remonta vite en surface et un ancien ennemi d’auberge entendit parler de la réussite dont semblait jouir cet ancien provocateur. Cet homme se présenta à la demeure comme un marchand de toiles, et Milena, pensant faire plaisir à son époux en réveillant la fibre artistique familiale l’invita à dîner le soir même. Au retour du marché, Guillermo retrouva sa maison saccagée, sa femme blessée et leur vie souillée. La colère le ramena aux abords de Rome et les pavés gardèrent son corps ensanglanté jusqu’à son dernier souffle.

Avril 2011 – Mademoiselle Louve.

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