« On va au Muma / Musée Malraux »

« On va au Muma ! » sonne un peu comme « On va chez Mamie ! » ou comme chez Tatie Mumu. Un brin familier, un peu réconfortant comme ces réunions de familles propices aux blagues anciennes, aux anecdotes foireuses qui malgré l’aigreur du passé conserve un air de solidarité. Une mémoire commune.

Je me rappelle que lorsque l’on se retrouvait dans cette immense maison secondaire, il y avait une centaine de personnes qui me regardaient. Tout le monde semblait se connaître alors qu’il ne vivait pas ensemble. Ils n’étaient pas du même temps, de la même ville, parfois même pas du même pays. Et pourtant, ma grand-mère parlait toujours des heures avec ma sœur. Elles ont des trucs à se dire, et même parfois elles restent ensemble devant la même tisane immonde, à occuper le silence. J’évite certaines pièces, comme on évite d’être assis à la table des « trop petits » ou des « trop adultes ». Je sais que mes cousins se planquent dans la pièce du fond, à jouer et se battre, c’est toujours un peu le bordel dans cette pièce et y a toujours du mouvement mais on s’y sent pas trop mal. J’évite la terrasse où mon père et ses frères parlent politique et s’engueulent en permanence sur telle ou telle guerre, sur telle ou telle décision du gouvernement… Et puis y a mon grand Oncle Tony qu’est sourd, je sais pas pourquoi, je vais toujours le voir lui en premier en arrivant. Il m’aide à prendre la température, si ça va pas, je sens que ma visite risque d’être longue et ennuyeuse. Il est toujours là, assis à côté de la fenêtre. On le voit pas trop dans le mouvement de la famille mais on sait qu’il est là et qu’on peut aller lui parler dès qu’on le souhaite. C’est sa place et personne ne l’en bougera. Ma cousine Amélie me tient toujours par la main et marche un peu avec moi dès qu’elle me sent isolée. On va voir dans la cuisine nos mères qui préparent et assemblent le repas. On est trop petite pour cuisiner mais on peut voir les plats passés, les fruits pour le dessert. Ça sent drôlement bon en général. Y en a plein pour les yeux, les papilles et ça brille sous la vieille lampe du plafond.

Depuis quelques temps je deviens exigeante, je commence à moins supporter les cris de mes neveux et nièces, de mes petits cousins. Ils m’agressent un peu avec leurs envie de jouer, de musique, je n’ai pas le temps de poser les yeux sur eux ou de leur parler, ils courent partout et je n’aperçois que leurs vêtements fluos et leurs jouets multicolores pas toujours définissables. Je regrette ce temps-là parfois, où rien n’avait d’autre sens que le jeu et l’envie d’exister plus fort et plus vite.

Je crois que ce qui m’a toujours surprise c’est que malgré les années qui passent, rien ne change dans ces réunions familiales, chacun a sa place et ses habitudes. Même si certains apparaissent, ils n’évincent pas les anciens. Et plus je vieillis plus je trouve des choses à dire à ceux que j’évitais, je prends même du plaisir à les écouter, j’aime ce moment où on trouve quelque chose à partager enfin. Je sens que j’en apprends chaque jour un peu plus.

« On va chez Mamie » ça sonne un peu comme « On va au Muma » non ? J’espère y trouver ma cousine Amélie pour traîner avec moi de pièces en pièces, mes jeunes cousins insupportables de jeunesse et de loufoqueries colorées, ma grand-mère et ma sœur devant leur tisane qui ne se parlent pas, les conflits d’opinions, la cuisine de ma mère, et surtout un grand oncle Tony qui pourra veiller sur moi et éclairer ma visite.

18-11-13 « Ecrire sur l’art » – Mademoiselle Louve

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s