« Six pieds sous terre »

Depuis tout petit, je me demande comment ça fonctionne la mort.

La vie on voit bien.

C’est drôle parce qu’il a fallu ouvrir les morts pour comprendre les vivants. Drôle, façon de parler. Parce que personne ne se marre jamais quand on parle de la mort. Pourtant, on fait ce qu’on peut, on nous dit que la mort c’est dans le ciel. Qu’on ira tous au paradis. Comme si c’était un cadeau, comme si c’était un jeu.

Et la marelle ? Vous trouviez pas ça étrange de jouer à lancer des cailloux devant nous, comme un but, une direction à suivre jusqu’au Ciel ? Petit poucet à l’envers, on perd son chemin et on s’égare par devant. Pieds par derrière, dans le cul de la vie.

Je me suis demandé si on savait faire fonctionner la mort. Si on pouvait compter sur quelqu’un pour nous le dire, pour nous l’apprendre. On m’a appris à parler, à rire, à pleurer, à marcher, on m’a appris à compter. Mais on ne m’a pas appris à respirer, et j’essaie souvent d’arrêter. Mais mon corps m’en empêche. Je rentre en dedans de moi, je compte combien de temps je peux mourir.

 1…2…3…4…5…6…7…8…9…10…11…12…13…14…15…16…17…18…19…20…21…22…23…24…25…26…27…28…29…30…31…32…33…34…35…36…37…38…39…40…41.

Pas plus de ça, sinon j’implose. Je crois que j’implose. Douglas Adams dit que le sens de la vie c’est 42. Moi 41 c’est le sens de ma mort, la descente. L’expulsion de l’air mes poumons qui se perd, lui aussi. Je dis la descente parce que je ne crois pas que la mort fonctionne en montant.

La vie se fait par le bas, et la mort par le haut ? Je suis pas sûr que ce fonctionnement me satisfait.

Et puis ce quoi ce truc des pieds, on dit « sortir les pieds devant » on dit que les pieds se rétractent avant la mort, on dit que les morts « marchent » on dit « Six pieds sous terre. »

Qui a compté que la mort, c’est six pieds sous terre ? Ça aurait pu être trois, comme pour tout le monde, ça aurait pu être un ou même zéro. Ça, ça aurait été logique. Ou même quarante et un. Bah oui, pourquoi pas ?

Non, on dit six. Parce que ça fait penser à scie ? Non, c’est une erreur de calcul, obligé, c’est faux. Voilà, c’est la faux.

Et ce chiffre faux nous rappelle que la mort c’est une erreur de calcul, parce que ça fonctionne pas.

Ou plutôt, c’est quand ça fonctionne plus.

1…2…3… nous irons aux bois. 4…5…6… à pieds sous terre…

*

Mademoiselle Louve – 15 décembre 2014.

Thème imposé par J.Michel (que vous pouvez lire ici).

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