S’écrire à plein poumons. #2

C’est comme reprendre le goût de la cuisine et ne faire que suivre des recettes.

Tout d’abord il faut avoir faim. Après des années à vomir tout ce qu’on avait au fond de soi, à regarder des gens tendre leur bâton sans bobo, bio et conceptualisé triturer et torturer les grumeaux de votre esprit. Vous sourire et vous descendre. On perd l’appétit. On perd l’appétence à l’écriture. Parfois on reprend, et un mail, une réponse acerbe, une coupure, une censure vous ramène plus bas. Et vous vous dîtes que vous n’êtes pas fait pour ça.

C’est toute votre vie, mais vous n’êtes sûrement pas de ceux-là, ceux à qui on sourit, à qui on donne une chance. Vous êtes de ceux à qui on dit merci, mais non merci. Vous n’êtes pas à la hauteur, et s’ils pouvaient, ils vous pousseraient du haut de leur immeuble où ils ont bien voulu vous laisser monter.

La rancune est tenace, c’est la tache de rouge qui fait défaut sur votre t-shirt blanc, c’est l’odeur coincé derrière le mobilier. Vous n’y pouvez rien, ça arrive, ça se maintient. Mais ça n’arrive qu’à vous. Et l’obsession de l’injustice, c’est votre credo. Vous avez même été noté dessus.

Peut-être est-il temps de raconter l’humiliation, le mépris et le temps perdu. Les bleus encaissés pour le bien d’un produit auquel vous ne vous reconnaissez pas, qui en élit peu et en martèle trop. Peut-être est-ce temps de faire voir, de découvrir cette statue lustrée du foutre de ceux qu’on entend trop, et tout le temps. Ils se masturbent entre eux et vous laisse la serrure pour vous en sortir. Mais c’est la clé qu’il vous manque, regarder ne suffit plus. Le coffre est scellé depuis toujours, ouvert par les mêmes et le miroir ne réfléchit jamais le reflet des autres. Le miroir se prend toujours pareil, et ne déforme que ceux qui ne ploient pas. Et vous n’êtes pas du reflet, vous n’avez pas été déformé. Vous avez brisé, et dans la multitude d’éclats, on ne vous a plus retrouver.

Toujours l’histoire de la vis et de l’écrou.

Il est sûrement temps de raconter votre version de l’histoire, pendant que d’autres sérigraphie la leur en mille exemplaire, pour recouvrir les traces, étouffer votre scandale. Les vainqueurs écrivent l’Histoire. Vous pouvez toujours crier la vôtre. Les blâmés se reconnaîtront. Et dans notre enfer personnel, rien ne brûle, surtout pas les mots, ni les livres, ni les histoires. Seulement la foi et les âmes designées pour régner.

*

Mademoiselle Louve

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