Reliefs d’une Promotion, d’un Projet #7

Les reliefs sont ce qu’il reste d’un repas – généralement d’un banquet – et dont personne ne veut, et ne fait plus rien. Destinés à la poubelle. Ou au chien.

C’était également le premier titre de mon projet de M1, proposé et offert par L.L. (auteure, intervenante et directrice du Master), qu’elle réutilisera pour un projet twitter.

Aujourd’hui, énième service passé depuis l’accréditation. Je me sens toujours tels ces reliefs, sans nuances. Au bord de la table, isolée dans une assiette dans laquelle je fais tache. Et qui ne déborde que de sa frustration. Existais-je avant que d’être le reste d’une formation ? Existais-je entre les plats de résistance engloutis et les desserts savoureux ? Puis-je oser penser avoir partager la table, le couvert de ceux qui trônent au menu de tous les jours ? Devenus grands classiques et insolites mets délicats.

Je ne sais même pas mon propre prix, ou même si j’aurais encore l’audace de figurer sur la carte. Le comptoir du bar m’est beaucoup plus familier, où les racontars traînent les langues, entre les bonnes pâtes philosophes et les psychologues d’un soir.

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Mademoiselle Louve remordille et guette les restes.

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Plonger dans le miroir de l’autre #6

Le travail d’écriture est solitaire. Soit. Mais sans lecteur, il est quasi-vain. Quasi moduler sur sa propre respiration. Et c’est fort dommage pour le lecteur avide de plongée. Alors, comme les phrases, on ponctue le travail. On reprend son souffle et on passe la barre aux camarades.

Les corrections entre collègues sont les instants de fausse humilité et de réelle mise en danger. On tend le poignard pour trancher les liens qui nous étouffent autour du mât. On s’attend à certaines coupures, et on espère que l’autre ne prendra pas trop son temps quand il attaquera la peau par mégarde.

Le premier pas dans l’eau est souvent le plus facile, le plus serein. Celui de la grammaire, de l’orthographe. Ensuite, on trempe les deux pieds, la syntaxe, les expressions et tournures de phrases. Pour d’autres c’est la dernière étape après la lecture, pour beaucoup, c’est le moyen le plus policé d’entrer dans le vif de votre chair.

Pourtant il y a la douceur et la compassion de se reconnaître dans les ébauches, de se rappeler les à coups du clavier, l’apnée d’une envolée lyrique. On peut détester le texte d’un autre mais en aimer ce qu’on le perçoit de sueur et d’effort. On peut aimer un texte au point de ne plus en voir les défauts, sinon comme des éclats qui en teinte de plus d’originalité.

Cette phase est nécessaire, la confrontation de deux miroirs qui tentent de se réfléchir au mieux. On griffonne, on rit, on grimace.

Entre nous, les apprentis de la plume tortueuse, on se masse les coudes et on se relaie. Parce qu’on est dans ce même bateau qui tantôt chavire, tantôt nous rend malade. Et qu’il faut pouvoir compter sur chacun de nos bras dans les cales sèches d’encre épuisée.

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Mademoiselle Louve aime lire et corriger.

« Et toi, t’écris quoi? » #5

L’air flou, derrière des lunettes trop grandes pour son petit regard du petit nouveau, verre en plastique à peine rempli d’un rouge aux allures trop ambitieuses pour lui, pour une simple soirée d’anniversaire, il se penche à ton épaule, la confidence outrageuse. « Et toi, qu’est-ce que tu écris? »
La question inattendue te désarçonne, t’harponne les tripes et te désarme de ton verre en plastique à peine vidé de son sirop pêche.
 .
« Moi? »
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 Réponse stupide, geignarde et gamine qui te fait perdre un peu de contenance, mais qui te fait gagner du temps.
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« Rien. Rien d’intéressant. Rien de remarquable.
-Ah ouais? T’es juste la maman quoi. Tu fais le master déléguée en gros. Pas très étonnant je dirais.
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Réponse arrogante, qui fait prendre un peu de contenance, mais qui lui fait perdre beaucoup d’estime.
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-L’an dernier j’ai écrit du théâtre. Je fais pas dans le visuel, le plastique ou le graphique. J’aime créer des personnages à partir de sentiments. Et les pousser au bout.
-À bout, on dit, non?
-Oui aussi, à bout, au bout,  au bord du ravin. »
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Tu as comme une subite envie qu’on te pousse de là. Alors tu finis ton sirop.
Tu souris à peine derrière le chapeau qu’on t’a prêté, qui te donne un air de Robin Hood.
Tu te caches derrière ton énième capuchon de politesse.
Et tu t’en vas.
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Le lendemain, aveuglée par l’angoisse et le rayon de soleil automnal, tu ne peux plus lire, ni écrire.
(Tu voudrais pourtant finir le roman que l’on t’a gentiment proposé)
Tu te plonges à clavier perdu dans un autre monde où tout n’est rien d’autre que temps après temps.
Sorts après sorts.
Musique épique branchée à ton esprit.
Tu laisses le temps se défaire de tes nœuds au ventre, à la gorge.
Tes rêves sans fondements qui s’écroulent.
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Mademoiselle Louve se justifiait beaucoup.