L’en-nuit

J’aime bien ce moment qui précède la nuit profonde.
Quand depuis la route, les étoiles parsèment le sol en éclairage domestique.
Avant les ampoules de l’espace.

Mais voilà, il faut éteindre les lumières, retourner aux écrans bleus et aux leds sans chaleur. Le soleil sur le bureau me fait à peine tourner la tête. Tournesol au plafond, du lit au salon.

Il faut produire et essaimer. S’oublier dans une lumière qui n’est plus la nôtre. Mais qui nous rend visible. Qui nous éclaire, disent-ils. Comme si le noir de la nuit nous était prohibé, comme si nos propres éclats ne feraient que nous briser.

Laissez nous briller dans l’ennui. Laissez nous dormir sans veilleuse.

***

Mademoiselle Louve ne veut plus travailler, ni déjeuner. Seulement oublier. Et puis, que ça fume.

Briser un coeur – Ariane Moffatt

Deux phrases plus loin, j’entends un « crac ».

Je me suis laissée briser le cœur, avec plaisir puis aigreur.

Après une grande tristesse sourde, est revenue l’insidieuse colère. Puis la fatalité des amoureuses spontanées, s’est installée en combustion acide. Elle s’est assise, et a entrepris de tout déchirer.

Phrase après phrase, images après images, lettres après lettres. Se découper, s’effacer. D’une gomme certaine et assurée. Habituée. Les dents serrées, je pousse les débris de coeur au coin de mes yeux. Il faut que j’opère avec rapidité. On m’a demandé de disparaître. La pirate que j’étais se change en sorcière, et d’incantations en sortilèges je change la réalité en illusions. Je métamorphose mes vérités en secrets.

Crac encore. Le bruit de la clef. Crac, il en restait encore un peu. Mes doigts piétinent ce qu’il reste à cadenasser.

Adieu, donc.

Errance nocturne

Marcher sur un rond-point. Fouler le terre-plein. Piétiner l’interdit. Mais la nuit. L’inconnu n’est plus interdit.

Regarder les flèches. Tourner sur soi-même. Pas de contre-sens lorsqu’on est concentrée. Mais il faut choisir.

Croiser les bras au milieu d’une croix au sol. Interdiction de stationner, ou de s’arrêter. Multiplier ou additionner. N’avoir toujours que deux mains et deux pieds.

Baisser les yeux en traversant. Se perdre en les levant. Quel sens dans la nuit étoilée. Quelle lumière ne s’est pas déjà évaporée. Une traînée orange traverse sa propre route, à travers les clignotants de la voûte. Satellite trop lent, et regard hésitant. La météorite ne stationne ni ne s’arrête. La respiration trouve sa sortie après une apnée céleste.

Au milieu des quartiers, osciller entre ombre et éclairée. Dupliquer son reflet pavé. Jusqu’à ne plus se retourner.

Il n’est pas encore minuit à la croisée, des maisons et de la pensée. Chercher du sens, lire un panneau, puis tourner la poignée.