Le trou de mémoire alias le RIEN

C’est comme se réveiller au milieu de la nuit, et qu’il n’y a plus de courant.

C’est votre maison. Un simple endroit ; des murs, des meubles que l’on connaît, que l’on a choisi, qui emplissent notre vie, et qui sont décidés à nous piéger. Il faut retrouver son chemin, et rallumer la lumière. Le temps que cela prend ne se compte pas.

S’en suit une longue quête dans le rien.

On tend les mains, fébriles, sur un vide que l’on espère plein. Que l’on croyait dur, palpable et familier. Et tout se dérobe. Sauf les pas qui, à tâtons, retracent le chemin de mémoire. Qui vient de nous lâcher.

Et les angles sont des ronds, le bois est mou, les murs se resserrent, le couloir est infini. Rien n’est à sa place et pourtant, tout est presque là. Dans le noir, dans ce trou immense, on s’arrache les paumes aux parois. On croit reconnaître un reflet sans fond.

Le trou de mémoire c’est le moment où vous êtes attaqués par le vide, et qu’il n’y a aucun moyen de se défendre. Vous bougez les bras et cherchez à affronter ce quelque chose d’absent. Vous refusez le rien, et vous vous mettez à le façonner à grands coups de couteau dans le brouillard, convaincu qu’il finira bien par être quelque chose de présent. Qu’il vous rendra la pareille. Peut-on rendre le combat égal, retrouver la puissance du contrôle ? Les questions résonnent et pas d’écho à l’horizon de vous-même.

Devant ce rien invulnérable, on capitule. On s’immobilise. On se transforme en pierre. Minute de silence. On se recueille sur soi, on se laisse aller, on se laisse défaire. Les yeux d’abord s’acclimatent, les oreilles se tendent, corde dans le vent qui vibrera peut-être. Le rien vous ouvre ses bras pour l’équilibre. Le noir est gris, il est nuance de vide et de plein. Les mots reviennent, et on aperçoit enfin les cailloux blancs illuminant la pensée. Les mots du bout de la langue. Le tournis des sept tours s’en est allé.

Le trou se comble. Vous avez fait deux pas, vous inspirez. La nausée s’échappe.

On appuie sur le bouton on de la lampe de bureau. Et la page se noircit, à tâtons, dans la blancheur à peine aveuglante. Les premiers bleus de la traversée dans le noir prennent forme. Les maux s’animent donc. Finalement. C’est quelque chose qui ne s’oublie pas.

I will follow you into the dark – Death Cab for Cutie

*

Mademoiselle Louve – Avril 2015.

WS Olivier Mellano.

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Une maison. Une chaise.

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C’est une grande maison.

C’est une grande maison avec des briques violettes au toit vert. Elle a deux balcons en toile de jute. Avec des trous. Dans la maison, il n’y a que deux pièces, limitées par du plexiglas à tension molle. Elle sent la vanille et la chair calciné. Le porc aigre-doux. Voilà, c’est ça. Les lampes murales sont fixés par de la pâte à modeler. Il n’y a pas d’électricité, tout fonctionne à la bougie. On se chauffe à la cire qui épile. Sauf qu’on ne doit pas retirer sa fourrure, il n’y a pas de chauffage. Et il y a tout le temps de la neige sur le toit, qui est vert, vous vous souvenez. De loin on dirait un macaron géant à la myrtille recouvert de crème. Et qui sent le porc aigre-doux.

Dans l’une des deux pièces il y a un grand bougeoir avec des cactus autour pour s’asseoir et se raconter des histoires, la pièce est rouge avec des points bleus pour se concentrer en tomate. Dans l’autre pièce qui est toute blanche, du talc collé à la bave de ceux qui aiment les macarons ou l’aigre-doux, il y a une chaise, en fer forgé. Sur trois pieds. Cette chaise empêche les cauchemars et les insomnies. Cette chaise empêche l’angoisse. Cette chaise guérit le mal de tête, guérit le mal de dos, elle cure les dents, elle rassasie, elle guérit du cancer, elle vous sauve des MST.

Cette chaise est la solution. Cette unique chaise est dans la maison. Oui, mais c’est une maison sans porte.

*

Mademoiselle Louve – 15 avril 2015 – WS Olivier Mellano.

Il la prend.

Il la prend.

Il la prend par la main.

Il la prend par la main droite.

Il la prend par la main droite qui tremble.

Il la prend par la main droite qui fuit et tremble.

Il la prend par la main droite qui fuit et tremble. Elle retire son bras.

Il la prend par la main droite qui fuit et tremble. Elle retire son bras, il garde sa main.

Il la prend par la main droite qui fuit et tremble. Elle retire son bras, il garde sa main. Le bleu reste sur son bras.

Il la prend par la main droite qui fuit et tremble. Elle retire son bras, il garde sa main. Le bleu reste sur son bras. Le bleu reste sous ses yeux. Le bleu reste dans son cou. Le bleu reste sur ses genoux. Le bleu reste dans son ventre. Le bleu reste sur ses côtes. Le bleu reste sur sa bouche. Le bleu reste dans son dos. Le bleu reste sur son bras.

Il garde sa main.

Elle est toute blanche.

Je suis toute pâle.

*
Mademoiselle Louve – Workshop Olivier Mellano – 14 avril 2015.