Témoignage Florence Darel dans l’émission Quotidien.

Et ce « pardon » qui revient, même quand on crie à peine, quand on s’indigne à peine…

Tellement peu l’habitude de pouvoir s’entendre dans son émotion. Tellement peu habituée à entendre résonner notre voix qui claque dans l’air, et pas sur nos joues, nos corps et nos gorges.

« Pardon, je suis un peu… » Humaine. Oui. Avec des émotions, et des sentiments d’injustices et d’incompréhension.
Nous ne sommes pas « un peu ». Nous sommes là. Beaucoup. Beaucoup plus que ce que vous voulez nous faire croire.

Cela doit cesser.

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L’Insoumise

Dans les côtes. On m’a mis un coup de coude dans les côtes. Pour me réveiller.

Pour vérifier mes réflexes.

Ou pour atteindre mon coeur. Car oui, c’est à gauche qu’on a tapé. Pourtant mon coeur est au milieu, et il bat pour l’ensemble de mon corps.

Jusqu’à mes coudes, parlons-en.

Mes coudes se déplient pour m’étirer de mon sommeil endolori.

Mes coudes se replient contre mon coeur quand j’ai le ventre meurtri.

La prochaine fois, au lieu d’un coup de coude, enjambe-moi.

Enjambe ce cadavre sans-coeur qui n’espère pas ton coup de main.

L’enjambement en poésie est plus intéressant que l’huile de coude qu’il te faut pour la sortir. Ta poésie, ta fabrication intellectuelle. Qui manque d’articulations, parce qu’à défaut de genoux, c’est le coude qui manquait. Quand tu plies sous le poids, quand tu ploies sous les plis de tes rides au coin des yeux, que tu plisses.

Les coudes bien huilés que t’espéraient pour te relever, d’abord le menton du bitume.

Relève-toi, qu’on te dit, les côtes dans les bras, les coudes saillants.

Quelques maux sous le coude, quand tu les joues pour aller plus loin. Au fond de ton crâne ça triture les failles et tes os qui craquellent, des fissures, des mots sur les murs des indignés.

Que fais-tu ce soir ? Je lève mon verre aux insoumis du coude, qui brandissent leurs doigts et leurs poings pour mettre un point final à la logorrhée des genoux fléchis.

Réfléchis bien à ton mouvement qui se déploie. C’est ta phrase qui s’envole, et qui n’est qu’à quelques coudées de toi.

*

Mademoiselle Louve politise dans sa tête…

Yeux brouillés. #3

Tu peux pas faire de littérature avec des bonnes intentions. Il faut de mauvaises intentions, mauvaises et aussi égoïstes que la tâche qui t’incombe le coeur. Seule et déterminée a écraser le plus possible autour de toi. Car sans destruction, nulle création.

Il faut se préparer comme un soldat part en guerre, aucune pitié, aucune question. Faire des miettes autour de soi. Car la littérature est solitaire.

L’ambition, c’est bien, l’orgueil c’est mieux.

Trouver vous une bonne tare, la drogue, le sexe, le féminin. Quelque chose qui vous rende vrai et détestable mais humain et qui puisse susciter dans vos moments de faiblesses simulés une compassion et une sympathie. Ecorchez-vous bien en vu et faites en un show.

La littérature n’aide personne, je l’ai appris à mes dépends. La littérature assassine les consciences pour vous kidnapper ailleurs. Elle est un caméléon luisant, qui filtre entre vos doigts.

L’anomalie de départ qui vous avait motivé n’est rien, seuls le relief de cette tendre pensée restera dans les pages que vous avez numérotées, pour que chacun corne à votre image, que chacun pleure à votre tempo.

Vous êtes le chef d’orchestre de vos mots, et personne n’ose vous défier. Le public vous attend, vous applaudit et ne répond que par vous.

Soyez intraitable. Soyez dictature. Et faites votre littérature.

*

Mademoiselle Louve