imposture ?

Un an et demi que je suis en poste CDI, conseillère de vente sur un contrat 29 à 38h par semaine. Je tiens un petit carnet, avec des citations, des anecdotes et des pensées sur ce qu’imprime ce travail en moi, dans ma philosophie, dans ma physiologie… Cela tient sur une ou deux minuscules pages.

On me dit, parfois, que ne pas pouvoir écrire en travaillant, c’est assez évident. Et j’entends excusable. Car je me sens fautive. Comme si je passais à côté de moi-même.
Ce qui joue, c’est le temps. Le temps que l’on donne et qu’on nous prend.
Je prends plus que je donne. Je prends dans les séries, les films et la musique. Parfois dans les livres, mais me retrouver confronter à l’écriture, quelle qu’elle soit, me donne la nausée ou l’envie de dormir.

Avant, je pensais qu’écrire, c’était donner, et prendre. Tout à la fois. J’étais ignorante du travail. Du travail qui définit l’humain dans sa société. Ecrire, c’est faire. Et quand on fait déjà 6 à 9h par jour, il reste peu de faire pour écrire.

Et parfois, il survient, en plus, en bonus. Coup de bol. Coup de chance. Regain d’énergie.

J’ai toujours peur d’abandonner l’écriture. Ou plutôt, que l’écriture m’abandonne.
Mais non. Si je me donne quelques jours de vacances, dont au moins où je suis confrontée à moi-même (transport long, type avion ou train. Page blanche avec café et musique, et aucune connexion internet), j’écris de nouveau. Cela surgit, comme une reprise d’oxygène après un long temps d’apnée sociale et bancale.

Alors quoi, si, finalement je suis une vraie écrivaine ? Donc oui, j’écris, c’est là, en moi, cela dort, et cela veille.

*

Mademoiselle Louve

Publicités

Quand je vois les autres qui vivent, j’avoue que ça donne envie.

J’écris comme si j’allais mourir demain.

Je cris d’encre, comme si l’en-vie pouvait s’éteindre.

Dans l’urgence de tout vous dire.

Intensité.
Emotionnée.

J’écris pour coller ensemble tous les moments que je ne veux pas que vous effaciez.
Je ne veux rien omettre, rien n’oublier. Vous tatouer la mémoire, de mes déboires.

Parfois je me mets à pleurer, pour rien, pour évacuer. Évacuer une émotion qui ne m’appartient pas et que je vis par procuration. La cure d’à côté que je regarde sans trop de proportions dans le sentiment-aller. Le laisser voir, le laisser perce-voir. Qui transporte, sur vos paillassons timides. Je m’essuie à peine les pattes quand je les frôle. C’est mon ombre qui laisse son tour de passe-passe autour du cou. Du coup portée. A point nommé. Crochetons la serrure de votre lacrymale idée.

 

 

*

Mademoiselle Louve

Février 2018

Le rythme des choses

Elle tapote doucement sur son clavier, clic droit, clic gauche. La musique l’entraîne. Piqué des cordes. Jovial et aérien. Celtique.

Elle tourne la tête. L’enseigne du tabac clignote. Rouge à droite, rouge à gauche. Une voiture sur le parking démarre, orange droite, orange droite. Le lampadaire a des soubresauts. Mauvaise alimentation. Plus haut dans le noir, un satellite passe. Rouge, blanc, rouge, rouge, blanc, rouge, blanc, rouge, rouge…

Ses doigts cliquette le bureau. Elle a rongé ses ongles, sauf un. Top, top, tic. Top, top, top, tic.

Le téléphone vibre. Une fois, deux fois. Elle ne répond pas tout de suite. Cela gâcherait le rythme des choses.

 

*

Mademoiselle Louve se concentre sur l’instant.