Quand je vois les autres qui vivent, j’avoue que ça donne envie.

J’écris comme si j’allais mourir demain.

Je cris d’encre, comme si l’en-vie pouvait s’éteindre.

Dans l’urgence de tout vous dire.

Intensité.
Emotionnée.

J’écris pour coller ensemble tous les moments que je ne veux pas que vous effaciez.
Je ne veux rien omettre, rien n’oublier. Vous tatouer la mémoire, de mes déboires.

Parfois je me mets à pleurer, pour rien, pour évacuer. Évacuer une émotion qui ne m’appartient pas et que je vis par procuration. La cure d’à côté que je regarde sans trop de proportions dans le sentiment-aller. Le laisser voir, le laisser perce-voir. Qui transporte, sur vos paillassons timides. Je m’essuie à peine les pattes quand je les frôle. C’est mon ombre qui laisse son tour de passe-passe autour du cou. Du coup portée. A point nommé. Crochetons la serrure de votre lacrymale idée.

 

 

*

Mademoiselle Louve

Février 2018

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Le rythme des choses

Elle tapote doucement sur son clavier, clic droit, clic gauche. La musique l’entraîne. Piqué des cordes. Jovial et aérien. Celtique.

Elle tourne la tête. L’enseigne du tabac clignote. Rouge à droite, rouge à gauche. Une voiture sur le parking démarre, orange droite, orange droite. Le lampadaire a des soubresauts. Mauvaise alimentation. Plus haut dans le noir, un satellite passe. Rouge, blanc, rouge, rouge, blanc, rouge, blanc, rouge, rouge…

Ses doigts cliquette le bureau. Elle a rongé ses ongles, sauf un. Top, top, tic. Top, top, top, tic.

Le téléphone vibre. Une fois, deux fois. Elle ne répond pas tout de suite. Cela gâcherait le rythme des choses.

 

*

Mademoiselle Louve se concentre sur l’instant.

Témoignage Florence Darel dans l’émission Quotidien.

Et ce « pardon » qui revient, même quand on crie à peine, quand on s’indigne à peine…

Tellement peu l’habitude de pouvoir s’entendre dans son émotion. Tellement peu habituée à entendre résonner notre voix qui claque dans l’air, et pas sur nos joues, nos corps et nos gorges.

« Pardon, je suis un peu… » Humaine. Oui. Avec des émotions, et des sentiments d’injustices et d’incompréhension.
Nous ne sommes pas « un peu ». Nous sommes là. Beaucoup. Beaucoup plus que ce que vous voulez nous faire croire.

Cela doit cesser.